Sans titre

Ploum ploum.
Ça faisait longtemps, tiens, que je n’avais pas éprouvé le besoin de parler de moi.
Enfin, entendons-nous : parler de moi, on pourrait dire que je fais ça tout le temps, à la première occasion, avec facilité et abandon. À mon âge encore je me laisse emporter dès qu’on me lance sur un sujet ou une anecdote, alors je réprouve ce genre de logorrhée délugienne, et que j’ai été élue pire raconteuse de blague de ce côté-ci du Pecos. Ça doit être un de ces trucs qui sautent les générations, que voulez-vous, on ne peux pas tout avoir.
Il y a aussi les autres discussions, autrement plus sérieuses, autrement plus intenses aussi, quoique plus calmes. Où je parle de moi, vraiment cette fois ; avec des difficultés plus ou moins apparentes et une insatisfaction constante à l’écoute de mes explications maladroites et étriquées. Merci à ceux qui m’écoutent alors, pas parce que c’est amusant, ou croustillant, ou exagéré juste ce qu’il faut pour être divertissant en société. Qui réfléchissent, posent des questions douces ou brutales, et me laissent sécréter mes réponses, puis les observer avec de grands yeux comme si je ne les avaient jamais vues avant. Ils maïeutisent mieux que quiconque, et pour certains ne le savent même pas.
Un autre genre de conversations qui ont ma vie pour sujet, c’est celui des discussions qui ne s’adressent à personne, ou peut-être à moi. En effet, je parle tout seule, avec une fréquence qui m’inquièterait si la situation ne remontait pas à l’école primaire, au moins. Ça laisse le temps de s’habituer, tout de même.
Bien sûr, il s’agit parfois de quelques bribes de mes pensées du moment qui trouvent ont ne sait trop comment leur chemin réflexe jusqu’à mes cordes vocales, entre deux couplets mal mémorisés de ma chanson hypnotique du moment mais je n’irai pas jusqu’à qualifier cela de discussion.
Lorsque je parle vraiment, en général, c’est à voix basse, en marchant dans la rue, comme si l’automatisme de a marche me laissait l’esprit plus libre pour me raconter des histoires. Je monte des scénarios incroyables ou banals. Je m’écris des tirades de chœur antique. Je fais les questions et les réponses, les voix de tous les personnages, et je donne corps et cœur à mes souvenirs, mes angoisses, mes hontes, mes espoirs et mes fantasmes, sans distinction de probabilité ou d’importance objective. Mes plus belles déclarations, mes meilleures répliques, mes plaidoyers les plus touchants mais aussi mes pires humiliations ont été représentés avec une distribution et devant un public de spectres passés et à venir, le moins véridique de tous étant sans doute l’âme chevaleresque et éloquente qui tient mon rôle dans ce petit théâtre. Ciel qu’il est facile d’être convaincante quand on décide de la réponse… Nous avons dit souvent d’impérissables choses et plus d’une fois ces futurs vaguement remémorés par ma puissance imaginative m’ont mise au bord des larmes, ou bien au-delà.
On pourrait se dire que voilà un moyen bon marché de faire sa propre psychanalyse, ou à tout le moins de d’avoir une réponse toute prête pour chacune des situations ainsi envisagées. Mais bien sûr, ce n’est pas ainsi que le monde tourne, car s’il faut en croire Heinlein «man is not a rational animal, he is a rationalizing animal.». Et quand les prémisses ne sont que des compromis misérables entre des pulsions informulées et des règles mollement suivies, les résultats ne sont pas fiables ; si ce genre de romanciation fonctionnait, croyez-bien que depuis le temps ça se saurait. Reste alors à savoir pourquoi je persiste…
Un jour quelqu’un m’a dit que j’avais un discours d’autant plus construit que l’on s’approchait du centre. Dans sa bouche, cela voulait dire bétonné, muré, consolidé par des éléments extérieurs pour présenter une façade uniforme. Elle m’a aussi dit que cela me portait préjudice. Je suis tout à fait disposée à penser qu’elle avait raison, et c’est peut-être pour cela que j’éprouve parfois le besoin de parler, de parler de moi, sans chercher à comprendre, sans donner un titre au monologue et sans m’efforcer de faire ressortir dans le plan du commentaire la problématique qui aura été dégagée dans l’introduction.

L’écriture en flux de conscience m’est bien moins naturelle qu’il y paraît, justement parce que je suis si accoutumée à tenir des conversations fantoches que l’habitude remonte à la surface même lorsque je cherche désespérément à repousser toute scénarisation. Mais parfois au moment où je m’y attends le moins, j’éprouve un besoin profond de filer cet écheveau. Et pour des raisons qu’il me faudra bien plus qu’une heure d’insomnie pour démêler, ça veut dire parler toute seule devant le monde entier, ou plutôt cette fosse d’obcurité totale devant laquelle s’animent les comédiens, sans jamais savoir, jusqu’au moment du tomber du rideaux si l’éblouissement du proscénium cache une multitude attentive ou une solitude complète.

November 5th, 2009 | Abie | No comments

Road Runner

Globalement, je m’attendais à bien pire.

Certaines, qui se reconnaîtront, m’ont empêché de repartir en vrille. Et leur simple présence, couplée à leur vision, moins subjective que la mienne, de la situation, aide fortement à la thérapie de comptoir que je m’inflige.

Pourtant, vous me l’avez régulièrement répété. Il fallait que cela cesse. Mais je m’accrochais encore à une hypothétique évolution de la situation.

Je vais vous l’avouer, j’ai fauté. Suffisamment pour que je décide de finir cette course effrénée, mais pas assez pour ne pas ressentir une certaine culpabilité.

Il ne me reste plus qu’à revenir parmi vous. Sans bruit, sans m’imposer. Et retrouver des gens qui m’ont manqué.

April 12th, 2009 | Korben | No comments